Henry DELMAR
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LUXE BIEN-ÊTRE CHIRURGIE ESTHÉTIQUE

par le docteur henry DELMAR (22 septembre 2005 )

Colloque de Mouans-Sartoux - Art-Pensée-Science
Thème 2005 : L'EMERGENCE
9-11 septembre

Comment définir le luxe :
Pour un Européen: posséder une Rolls-Royce.
Pour un Africain: manger du pain chaque jour.

Parmi les paradoxes du luxe, il en est un qui nourrit quotidiennement les fantasmes, c’est celui d’une attirance permanente, partagée par la plupart, et d’une définition impossible à donner.

Le luxe est partout, il s’est démocratisé. Le luxe n’est nulle part, ayant disparu dans un monde de grande consommation.

Le luxe est rare, flatteur, fascinant, mais il se replie dans un mouvement de culpabilité qui le stigmatise comme emblème du politiquement incorrect.

Le luxe associe la tentation et l’ostentation.
La tentation de la création unique, des savoir-faire raffinés, mais aussi d’une vie quotidienne meilleure par des découvertes technologiques les plus récentes.
Le créateur est l’intermédiaire du sacré,
le savoir-faire est l’expression de traditions artisanales et artistiques,
l’innovation est l’attirance pour un monde meilleur.

Du sacré au bien-être le luxe va créer un espace onirique.

L’ostentation : du désir de paraître, d’un statut social, ou de l’affirmation de soi; elle est le véhicule par lequel les clients deviennent consommateurs.

Son extension démocratique de la clientèle ne le rejette pas dans la grande consommation, car il a toujours son origine dans une création, un savoir-faire et des technologies d’exception. Il se diluer, ensuite, dans des produits dont le seul signe de rattachement au luxe reste la griffe.
Le luxe est donc une dynamique, qui se nourrit des courants culturels, de la recherche scientifique, et de plus en plus, d’un facteur fondamental, le bien-être.

LE BIEN-ÊTRE

Après les années de société dite de gaspillage, nous entrons dans l’ère de l’accomplissement du « Bien-être éthique » c’est-à-dire qu’au rythme de nos prises de conscience, ce bien-être éthique dans le sens de ce qui est bien pour soi dans une société où notre individualisme citadin prend de plus en plus de place.
S’occuper de soi est désormais considéré comme le plus grand luxe, celui qui permet de se consacrer à autre chose qu’aux seules nécessités de la vie.

Hors, pour améliorer notre vie, il faut désormais prendre en compte de nombreux facteurs qui vont au-delà du simple mouvement égoïste du souci de soi : faire progresser notre bien-être n’est pas synonyme de progrès tout court.

Le progrès scientifique n’est plus le seul chemin du bonheur. Ce bien-être moderne est, aujourd’hui, un subtil mélange entre le savoir-faire et des technologies respectueuses des hommes et de son environnement, c’est-à-dire d’une technologie efficace, écologique, éthique, soucieuse d’un développement durable.

Associer bien-être et éthique n’est pas évident : la tentation du bien-être, dans sa dimension la plus égoïste, parait inconciliable avec le mouvement éthique.
S’occuper de soi n’entraîne pas de s’occuper des autres ni de respecter l’environnement.
Comment dès lors faire rimer science et conscience du luxe ?

CHIRURGIE ESTHETIQUE CREATRICE DE BIEN-ETRE

La chirurgie esthétique, dans sa dimension égocentrique, a pour véritable vocation, de restituer l’essence même de la personnalité de chacun. « Améliorer l’apparence dans un souci de dynamiser l’énergie vitale ».
De ce point de vue, la chirurgie esthétique éthique répond aux exigences du luxe dans sa version tentatrice par une création unique, des savoir-faire raffinés, et d’une technologie sans cesse en mouvement.
Et dans sa version ostentatoire du désir de paraître, d’un statut social, et de l’affirmation de soi.

L’acte devient sacré. Le sacré au service de soi.
Mais où se trouve cette éthique de la réalisation de soi ? Comme répondrait Cyrulnik, dans les trémolos basses fréquences, dans l’altérité.
Dans une démarche d’affirmation de soi, d’estime de soi, d’amour-propre, la vision de notre propre histoire nous amène à la rendre plus simple moins conflictuelle, décharger d’une partie du poids de la culpabilité. Je suis parce que tu es. Dans un renforcement mutuel.
Mais la chirurgie esthétique supporte, encore sur son épaule, toute la culpabilité monothéiste de la vanité de la chair. Elle est impure, répugnante. Seul le paradis redonnera à cette chair une pureté asexuée, tels nos anges.

La chirurgie esthétique prend le partie de Michel Onfray : accéder à l’ère post-chrétienne dans un mouvement immanent.
L’éthique du chirurgien plasticien est de plus accepter comme fatalité une standardisation idéalisée de ces résultats.
Patients(es) et médecins sont à la recherche d’une « beauté immanente » fruit d’une individualité propre en adéquation avec l’environnement culturel, et au libre accès au bien-être. On n’échappe pas à la pression du discours « Beauté - Bien-être » : la beauté passant par l’affirmation de soi. Le sublime évoquant le divin, le beau est plus proche de nous.

Etre belle ne signifie pas forcement : se sentir belle. En fait, l’enjeu est de sentir plus beau

Ainsi, La chirurgie esthétique propose, par une action sur notre apparence, à gagner en estime de soi, à valoriser notre image, à gagner en confiance de soi, à être plus proche de soi.

Avec le recours à la chirurgie esthétique, ce recours à l’artificiel, on reconnaît que la beauté n’est pas seulement un don de la nature mais aussi une construction narcissique « Quel Luxe ».
Dans cette « artificialisation », ou plutôt dans la liberté du choix, l’homme ou la femme s’exprime selon ses normes et non par ceux que l’on attend d’eux.